Lorsqu’il s’agit de kata en Europe, il est impossible de ne pas évoquer l’Italie. Année après année, génération après génération, l’équipe italienne continue d’élever le niveau dans presque toutes les disciplines de kata, alliant tradition, innovation et une constance remarquable sur la scène européenne.
Ce succès repose sur un système fondé sur la passion, la confiance, la discipline et une évolution constante. À l’approche des Championnats d’Europe de Kata 2026 à Sarajevo, nous avons rencontré Cesare Amorosi pour discuter de la philosophie derrière les succès de l’Italie, de l’aspect mental du kata, du développement des futures générations et de la raison pour laquelle le kata est bien plus exigeant que beaucoup ne le réalisent.
L’Italie a dominé le tableau des médailles lors des Championnats d’Europe de Kata 2025, avec Cesare Amorosi au centre pendant la cérémonie des médailles.
À l’approche des Championnats d’Europe de Kata à Sarajevo, quel est votre rôle au quotidien dans le cadre du programme de kata italien ?
Cesare Amorosi : Je suis actuellement Président de la Commission Nationale de Kata et des Maîtres, ce qui signifie que je suis responsable de l’établissement du programme annuel du circuit de compétitions nationales de kata et des programmes de formation pour les techniciens et les arbitres. Je forme également, avec mes collaborateurs, les athlètes qui font partie de l’Équipe Nationale de Kata italienne.
Votre parcours d’entraîneur a couvert de nombreux domaines du judo. Comment cette expérience a-t-elle façonné votre philosophie en tant qu’entraîneur et leader ?
CA : Au-delà des spécificités techniques, mon expérience repose fondamentalement sur l’aide aux athlètes pour qu’ils soient meilleurs qu’auparavant. Pour cela, l’entraîneur et l’athlète doivent avoir une confiance mutuelle et croire dans le processus qu’ils établissent ensemble, à travers des retours constants et honnêtes.
Le kata nécessite non seulement une précision technique, mais aussi de la confiance et de l’harmonie entre les partenaires. Quelles qualités recherchez-vous le plus lors du développement de paires de kata réussies ?
CA : En essence, s’entraîner au kata, c’est entraîner l’esprit. Si l’esprit est en accord, le corps bouge correctement et les techniques s’exécutent harmonieusement. Si la confiance mutuelle est présente, le bon ou le mauvais n’a plus d’importance ; seul le geste compte. Pour y parvenir, les athlètes formant la paire doivent trouver la meilleure harmonie, avoir les mêmes objectifs et la même intention dans l’entraînement. Parfois, un équilibre doit être trouvé, donc les athlètes doivent être prêts à adapter certaines de leurs méthodes pour répondre à celles de l’autre. Cependant, chaque paire a ses propres caractéristiques et spécificités, forces et faiblesses, mentalités et objectifs spécifiques ; il est nécessaire de comprendre quel est le meilleur chemin pour chacun d’eux.
Membres de l’équipe italienne lors des Championnats d’Europe de Kata 2025 à Riga.
La réputation de l’Italie en matière de kata s’est construite au fil des ans. Quel a été, selon vous, le secret pour maintenir un niveau aussi élevé sur la scène européenne ?
CA : L’Italie a une longue tradition dans l’étude et la pratique du kata, grâce à des maîtres qui ont transmis leur savoir avec passion. La première génération d’athlètes a obtenu d’excellents résultats, et beaucoup d’entre eux, lorsqu’ils ont arrêté de concourir, ont commencé à former de nouveaux athlètes. Au fil des ans, lorsque j’ai arrêté de concourir et que j’ai commencé à me concentrer sur le kata à des niveaux régional puis national, j’ai cru que cette partie du judo n’était pas exclusivement réservée aux pratiquants expérimentés ayant de nombreuses années de pratique, mais pouvait également être très utile et appréciée par les jeunes.
Actuellement, en Italie, nous avons un grand nombre de juniors, cadets et seniors de moins de 35 ans participant à des compétitions, ce qui garantit une augmentation du niveau des pratiquants et une diffusion plus large des connaissances sur le kata. J’ai alors proposé et introduit un circuit de compétitions nationales qui génère un classement pour chaque kata, incluant également certaines compétitions internationales comme le Tournoi de Kata de l’EJU et la Série Mondiale de Kata de l’IJF. L’Équipe Nationale italienne est ainsi composée des paires en tête du classement, qui est mis à jour compétition par compétition. Nous avons donc adopté un critère objectif qui a suscité un grand enthousiasme chez les athlètes, car chacun sait qu’il peut tenter de se qualifier pour les Championnats d’Europe et du Monde, tous avec des chances de départ égales.
De plus, avec ce système, nos paires les plus renommées sont constamment encouragées à s’améliorer pour ne pas être dépassées et à participer à des compétitions internationales, en se mesurant au niveau d’autres équipes nationales. À mesure que le niveau moyen national augmente, tant en quantité qu’en qualité, celui des meilleurs augmente également. Pour les athlètes plus jeunes et plus expérimentés, grâce au travail précieux de l’un de mes collaborateurs, expert en entraînement athlétique et analyse du mouvement, j’ai développé et introduit des programmes d’entraînement athlétique spécifiques au kata et au rôle (tori et uke), visant à prévenir d’éventuelles blessures dues à la répétition continue et intense d’un mouvement technique au fil du temps, et à améliorer la technique et la performance. Ces programmes sont actuellement suivis par plusieurs athlètes de kata, tant de l’équipe nationale italienne qu’à un niveau inférieur, avec d’excellents résultats.
Membres de l’équipe italienne lors des Championnats d’Europe de Kata 2025 à Riga.
Pour ceux qui ne connaissent le kata que par les résultats des compétitions, qu’est-ce que vous pensez que les gens sous-estiment souvent concernant cette discipline et le niveau de préparation requis en coulisses ?
CA : Peut-être que l’on pense qu’un test technique sans concours n’est pas particulièrement complexe. À mon avis, la compétition de kata nécessite un effort mental significatif : s’efforcer d’atteindre une perfection inaccessibile sans que cela ne devienne une obsession, accepter le jugement de l’arbitre, quel qu’il soit, et accepter ses propres limites ainsi que celles de son partenaire. Cela implique particulièrement l’aspect émotionnel, qui peut être difficile à entraîner. Le kata n’est pas distinct du reste du judo ; c’est l’un de ses composants, et il est impossible de réaliser un bon kata sans une excellente base technique et une solide expérience de randori, qui doivent être continuellement pratiquées aux côtés du kata.
Au-delà des médailles, qu’est-ce qui ferait des Championnats d’Europe de Kata à Sarajevo un événement réussi pour vous personnellement et pour l’équipe italienne ?
CA : L’Italie a remporté le plus de médailles lors des Championnats d’Europe de Kata 2025 à Riga. En termes de résultats, nous ne pouvons que tenter de reproduire la performance de l’année dernière. Répéter une performance est toujours très difficile, mais je suis sûr que nous ferons de notre mieux pour réussir. Au-delà des résultats, ce qui est le plus important pour moi, c’est que les athlètes, leurs accompagnateurs et leurs entraîneurs de soutien puissent à nouveau créer une atmosphère positive de croissance, de respect et d’amélioration continue, et que nous fassions tous de notre mieux, chacun dans son rôle. Chaque compétition enseigne quelque chose à tout le monde ; l’important est de saisir les enseignements, de les évaluer et de les travailler au mieux pour la prochaine compétition.
Enfin, vous êtes connu comme un entraîneur polyvalent qui a travaillé dans différents secteurs du judo. Quelle est la différence d’approche lorsque vous entraînez des athlètes de kata par rapport aux athlètes de judo adapté, et, selon vous, existe-t-il des similitudes qui relient ces deux expériences ?
CA : Je ne pense pas qu’il y ait de différences substantielles. Chaque athlète et chaque couple a des caractéristiques, des besoins et des objectifs différents ; il suffit de les comprendre et de développer ensemble le programme le plus adapté. L’objectif ultime, au-delà de la compétition, est de s’aider mutuellement à progresser dans le judo et en tant qu’individus, comme l’a maintes fois écrit et déclaré le fondateur du judo, le professeur Jigoro Kano. C’est un facteur commun pour tout le monde, athlètes, entraîneurs et enseignants. Voir des athlètes adaptés s’entraîner et concourir rend cet élément, si possible, encore plus important.



