Le judo français n’a jamais manqué de champions. Du légendaire Teddy Riner à la nouvelle vague de talents comme Joan Gaba, qui possède déjà un titre mondial et une médaille olympique, le tricolore continue de briller sur la scène mondiale. Parmi cette génération émergente, un nom se distingue constamment : Romain Valadier Picard. À seulement 23 ans, il détient déjà une médaille d’argent mondiale, obtenue plus tôt cette année à Budapest, et est salué comme l’un des espoirs les plus prometteurs de la France pour la gloire olympique future.
Pour ceux qui ont suivi sa carrière, la montée de Romain semble être la suite logique d’un parcours qui a commencé dès ses années cadet. Il y a six ans, à seulement 16 ans, il a remporté le titre de champion d’Europe cadet à Varsovie, une victoire qui lui a donné la confiance nécessaire pour viser beaucoup plus haut. “Ce jour-là à Varsovie était vraiment un grand jour,” se souvient-il. “Cela m’a montré que j’étais capable d’atteindre le plus haut niveau. C’était le premier pas, mais un pas essentiel pour viser beaucoup plus haut.”
Déjà adolescent, Romain s’entraînait à l’INSEP aux côtés de l’élite senior française, y compris Luka Mkheidze et Cédric Revol. Cet environnement a alimenté ses ambitions, mais il n’a jamais considéré sa progression comme soudaine ou surprenante. “Chaque médaille que j’ai remportée n’était pas une surprise : je les ai obtenues parce que j’étais capable et que j’avais développé les compétences nécessaires. Même les échecs étaient logiques. Lors de mes premiers championnats du monde à Tachkent, j’étais encore junior. Je n’avais tout simplement pas encore ce qu’il fallait pour performer à ce niveau.”
Logique, Discipline et Ingénierie
Le mot “logique” revient souvent dans les réflexions de Romain. En dehors du tatami, il étudie l’ingénierie, une discipline qui reflète son approche du judo et de la vie. “J’aime que les choses soient organisées. Rien n’est laissé au hasard, tout est construit. J’organise toujours mes semaines, mon emploi du temps, mon calendrier. J’aime comprendre pour agir, comprendre la logique d’un mouvement, mais aussi dans la vie en général.”
Cependant, le judo est notoirement imprévisible, un sport où une erreur peut mettre fin à un combat instantanément. Romain admet que le cadre logique doit finalement céder la place à l’instinct. “Le judo n’est en rien logique. Vous devez donner le meilleur de vous-même et laisser parler votre instinct. Je me concentre sur des détails simples, presque évidents : prendre une manche, saisir un revers. À partir de cette base, j’adapte mon judo en temps réel pour résoudre le problème qui se présente à moi.”
Un Travailleur Acharné
Derrière sa progression constante se cache une discipline sans relâche. Romain planifie ses entraînements en détail, et chaque séance est orientée vers l’amélioration. “Je suis extrêmement discipliné et très travailleur. J’aime cette discipline du sport de haut niveau ; elle me représente bien,” a-t-il déclaré.
Son développement a été façonné par une équipe d’entraîneurs qui ont ajouté leurs propres touches en cours de route : Stéphane Frémont avec l’équipe de France, Romain Poussin à l’ACBB Judo, et d’autres comme Mehdi Kaldoun, Yacine Douma et Richard Melillo. “Et bien sûr, la fondation : tous mes entraîneurs d’enfance,” a-t-il ajouté avec un sourire reconnaissant.


De la Blessure au Podium
Comme tout athlète, il a rencontré des revers. Après avoir remporté l’or lors d’un Grand Slam plus tôt cette saison, Romain a subi une grave blessure au genou lors du stage d’entraînement à Paris. Une opération et trois mois de réhabilitation ont suivi. Son retour ne s’est pas fait lors d’un Grand Slam glamour mais lors d’une modeste Coupe d’Europe à Sarajevo, une étape calculée pour reconstruire sa confiance avant Budapest. “Sarajevo était une question de retour : retrouver les sensations de compétition, me réadapter au rythme, et arriver prêt et confiant le jour J.”
La préparation a porté ses fruits : à Budapest, Romain a bataillé pour atteindre la finale et a sécurisé l’argent mondial après avoir remporté le Grand Slam à Paris, peut-être pas une si grande surprise. “Depuis deux ans, je me sentais capable de cela. Cette médaille à Budapest a confirmé que je peux affronter les meilleurs.”
Au-delà du Tatami
Célébrer cette médaille était tout aussi important que de la gagner. “Une médaille mondiale est un véritable aboutissement. Il faut célébrer, surtout avec des amis et la famille. Gagner est formidable mais une médaille n’a de valeur que si les gens qui vous entourent sont heureux avec vous.” Après Budapest, il a pris du temps avant de rejoindre des stages d’entraînement au Japon et en Espagne pour affiner ses compétences.
En dehors du judo, Romain attache de l’importance à ses amitiés au sein du sport. Son cercle le plus proche comprend Driss Masson Jbilou, Arnaud Aregba et Kenny Liveze, mais il fait également partie d’un collectif plus large de jeunes talents français : Joan Gaba, Maxime Ngayap, Maxime Gobert. “C’est un collectif dont vous entendrez parler très bientôt,” a-t-il déclaré.
La Route à Venir
Manquer les Jeux Olympiques de Paris 2024 a été une amère déception. Compétitionner à domicile était un rêve, et ce revers ne fait qu’aiguiser sa motivation. “Maintenant que j’ai une médaille mondiale, l’objectif est le titre mondial, puis une médaille olympique à Los Angeles. Manquer Paris a été difficile, mais c’est le sport. L’objectif maintenant est de ne pas manquer les prochains Jeux Olympiques.”
Pour Romain Valadier Picard, le voyage continue avec le même mélange de logique, de discipline et d’instinct qui l’a porté du titre de champion cadet à médaillé d’argent mondial. Avec la nouvelle génération de la France en pleine ascension et le prochain cycle olympique déjà en cours, il est déterminé à prouver qu’une nouvelle histoire vient de commencer.