Lorsque l’entraîneur brésilien Pedro Guedes pénètre dans un dojo belge, il n’apporte pas seulement des décennies d’expérience, mais aussi une philosophie forgée à travers les continents. Le nouvel entraîneur principal de la Fédération Wallonne de Judo sera chargé de guider les judokas belges, hommes et femmes, vers les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 et de Brisbane 2032.
« C’est un défi très excitant, » déclare Guedes. « Mon principal travail consiste à travailler avec les athlètes seniors sur leur développement et leur performance internationale, tout en soutenant les entraîneurs au niveau cadet et junior afin de préparer la prochaine génération pour le succès senior. »
Pour Guedes, qui a précédemment été entraîneur principal de l’équipe masculine d’Allemagne, ce déménagement en Belgique représente à la fois un changement professionnel et un projet personnel. « En Allemagne, j’étais responsable de l’équipe masculine uniquement, et c’était beaucoup de travail de gestion à travers six centres nationaux. La Belgique est différente : c’est un pays plus petit, plus centralisé, et mon travail ici inclut à la fois les hommes et les femmes. Cela facilite les choses et permet une interaction quotidienne plus étroite avec les athlètes. »

Un Projet avec du Potentiel
Alors pourquoi la Belgique ? Guedes explique que la taille du pays et sa culture judo l’ont immédiatement séduit. « C’est un petit pays mais avec une très forte tradition en judo, » dit-il. « Le projet qui m’a été présenté était très attractif, c’est à long terme, avec des objectifs clairs et une équipe jeune pleine de potentiel. Tout est centralisé au même endroit, ce qui rend le travail plus ciblé. »
La géographie de la Belgique a également joué un rôle. « Elle est parfaitement située en Europe, donc il est facile d’accéder à différentes compétitions et camps d’entraînement, mais surtout, c’est le projet, la vision, et la possibilité de contribuer aux objectifs olympiques qui m’ont donné envie de venir. »
Deux Langues, Une Langue de Judo
Dans une nation divisée linguistiquement entre la Flandre néerlandophone et la Wallonie francophone, Guedes est particulièrement bien préparé. Polyglotte par nécessité, il parle anglais, allemand, portugais et, surtout, français.
« La langue a toujours été importante pour moi, » dit-il. « Lorsque j’ai quitté le Brésil à 29 ans, je ne parlais que portugais, mais j’ai rapidement réalisé qu’il fallait apprendre la langue pour s’intégrer et comprendre le système dans lequel on travaille. Avant de déménager au Canada, j’ai suivi un cours intensif de français, et maintenant, parler français m’aide beaucoup en Belgique. La communication est primordiale en coaching. »
Les deux fédérations belges s’entraînent encore séparément, mais Guedes est optimiste quant à la collaboration. « Pour le moment, les équipes sont séparées mais nous nous rencontrons une fois par semaine, et il y a une réelle volonté de coopération. La création d’une équipe mixte forte pour les compétitions internationales aidera à rapprocher les deux côtés. »
La Belgique sur la Scène Mondiale
La Belgique a une fière histoire olympique en judo, remportant des médailles de manière constante depuis 1980. Guedes croit que, malgré sa petite taille, le pays peut revenir à un niveau élevé.
« Pour sa population, la Belgique a toujours surpassé ses limites, » dit-il. « Tant la Flandre que la Wallonie ont de bonnes structures et d’excellents entraîneurs. Même si les chiffres ne sont pas énormes, ils ont toujours réussi à faire passer les athlètes du niveau cadet au niveau junior puis senior, et à produire des résultats. »
La prochaine génération est déjà en train d’émerger. Aux côtés de la médaillée olympique Gabriella Willems et de l’olympien Jorre Verstraeten, Guedes met en avant Malik Umayev, qui revient de blessure, le léger Lois Petit, la lourde Gabriella Bouvier et la middleweight Alessia Corrao, ainsi que le médaillé mondial junior Mouhammad Gazaloev. « Ce sont des noms à surveiller, » dit-il. « Il y a un véritable talent dans le système. »

Philosophie d’Entraînement : Au-delà du Tatami
Pour Guedes, l’entraînement va bien au-delà des médailles. « Ce qui est formidable dans le fait d’être entraîneur, c’est la capacité d’inspirer les gens, » réfléchit-il. « Il s’agit de partager des connaissances mais aussi d’apprendre constamment. Pour moi, il est essentiel de transmettre les valeurs du judo : solidarité, respect, amitié, ainsi que l’aspect technique. »
Il établit un contraste net avec la vie d’athlète. « En tant qu’athlète, vous pensez toujours à vous-même, à vos besoins, à votre performance, mais en tant qu’entraîneur, vous devez penser globalement, pas seulement aux joueurs mais aussi aux entraîneurs, aux kinés, aux médecins, à la fédération, aux parents. C’est un effort d’équipe. Mon rôle est de minimiser les barrières pour les athlètes et de les aider à trouver leur meilleur chemin. »
Racines Brésiliennes, Vision Globale
Né et élevé au Brésil, Guedes a grandi dans une culture judo qui mélangeait tradition japonaise et influences européennes, créant le style brésilien distinctif : agressif, attaquant, toujours à la recherche de l’ippon.
« Je veux apporter cet esprit avec moi, » dit-il. « Le judo doit aussi être joyeux, ce n’est pas seulement une question de gagner mais de la manière dont vous combattez. »
Mais son approche a également été façonnée par des années à l’étranger. « Travailler en Slovénie, au Canada, en Allemagne, et maintenant en Belgique m’a donné connaissance de différents systèmes. Chaque pays a sa propre philosophie et ses forces. Je prends des éléments de chacun et crée ma propre philosophie de travail. Le judo est désormais global, et l’échange d’idées entre les systèmes ne fait que le renforcer. »

Cela, il le croit, est l’avenir du sport. « Aujourd’hui, vous voyez des entraîneurs se déplacer d’un pays à l’autre, apportant des connaissances et en ramenant des connaissances chez eux. C’est une situation gagnant-gagnant. Le judo a beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies, et les pays qui ont récemment commencé à développer leurs programmes de judo produisent désormais des athlètes de haut niveau. La compétition est plus rude, mais c’est positif ; cela force tout le monde à élever son niveau. »
Action en Mouvement
Guedes ne perd pas de temps. Ses derniers mois de l’année sont chargés : camps d’entraînement en Slovaquie et en Italie, compétitions au Pérou, au Mexique, en Croatie et à Abu Dhabi, et un mois d’entraînement au Japon pour clôturer l’année.
« C’est un emploi du temps chargé mais exactement ce dont nous avons besoin, » dit-il. « Le timing de ce déménagement est parfait. Cela me donne l’occasion de comprendre les athlètes, le système, et de préparer correctement avant le début des qualifications olympiques. »
Pour Guedes, la Belgique est la dernière étape d’un parcours qui l’a conduit de sa ville natale de Belo Horizonte à l’Europe, à travers certains des tatamis les plus difficiles du monde. Cependant, pour le judo belge, son arrivée pourrait représenter quelque chose de plus, une nouvelle vision pour l’avenir, mêlant l’élégance brésilienne, la rigueur européenne et l’expérience mondiale.
« Le judo est plus qu’un sport, » conclut-il. « C’est une famille. Partout où j’ai travaillé, j’ai appris et partagé des connaissances. Maintenant, c’est le tour de la Belgique, et je suis reconnaissant de l’opportunité de faire partie de ce projet. »



